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Frère et Sœur, de Patrice Juiff

Il y a des livres qu’on lit mais que l’on oublie aussitôt l’ouvrage refermé alors que d’autres collent longtemps à la mémoire, car leur lecture dérange, bouscule, interpelle durablement, profondément.

« Frère et Sœur » de Patrice Juiff rentre incontestablement dans cette seconde catégorie.

L’histoire, comme l’évoque le titre, est une histoire familiale, banale a priori, l’histoire d’un frère et d’une sœur qui vivent en quasi-autarcie dans un village. Un village comme tant d’autres, qui pourrait se trouver dans n’importe quelle région française, un village avec ses ragots, ses vieilles histoires, ses règles d’intégration, ses bons citoyens et ses marginaux. Un environnement gris, au ciel bas, immuable, où jamais le passé ne s’oublie. Où rien ne bouge.
Une maison rurale avec dans la cour de gros chiens qui aboient. Deux Rottweillers et un petit bâtard, Django.

Django, le préféré de Jeanne, le chien qui appartenait à un de ses petits frères décédés.

Des chiens omniprésents et qui prendront toute leur place dans le déroulement ultérieur du récit..

Les personnages principaux, Jeanne et Robin constituent en effet les derniers représentants / survivants d’une famille nombreuse qui vivait là, une de ces familles « à problèmes » comme on dit souvent dans les médias qui exceptionnellement suscitent compassion et pitié mais le plus souvent peur et instinctive répulsion tant elles traînent dans leur sillage des effluves d’alcool, de violence, d’inceste, de suicide, de maladie et de mort.

Patrice Juiff écrit d’une écriture précise, avec des phrases courtes et des mots qui font mouche. Cette narration de la vie de Jeanne et Robin est en apparence absolument terrifiante de monotonie. Ce quotidien, pesant et répétitif jusque dans les moindres détails devient ainsi une sorte de cadre protecteur absolu, le seul qui les protège de l’abîme du passé et de boîte à Pandore d’où pourraient ressortir tant de démons.

Le lecteur rentre dans cette intimité, ressentant de l’intérieur même des personnages cette ode à la survie qui paradoxalement constitue leur bonheur, et leur manière à eux de ne pas sombrer et de rechercher du plaisir à la vie.

Un plaisir en huit clos, un plaisir forcément trouble et décalé par rapport à la normalité de la vie sociale.

Jeanne est très grosse, et elle ne travaille pas mais s’occupe de la maison, Robin lui travaille, dans un salon funéraire, comme thanatopracteur. Il prépare les morts, les lave, les habille. Là encore, tous les détails dans la progression du récit ont leur importance.

L’histoire de vie de Jeanne et Robin s’articule en effet comme un Puzzle. L’obésité de Jeanne : elle regrettait les longues baignades au lac. Quand on la supportait grosse parce qu’elle était une enfant et qu’elle n’était pas obligée d’être comme tout le monde. Pas encore. Les autres enfants se moquaient d’elle mais les adultes la plaignaient et cette consolation lui suffisait alors. Puis en grandissant, elle avait du renoncer à ces bains en relative apesanteur. Son corps était devenu dérangeant. Provoquant. Indigeste à la normalité. Un jour on l’avait chassée à coups de jets de pierre. « Tires toi de là, gros tas de merde, tu vois pas que tu nous gâches le paysage ? »On l’avait bannie. Parce qu’elle était femme, grosse, et qu’elle n’en avait pas assez honte.

Robin représente le modèle type de l’employé modèle, bon copain toujours prêt à rendre service, bon frère également car il adore sa sœur qu’il appelle affectueusement ma grosse ou ma Moby. Mais lui aussi a des secrets enfouis, des blessures jamais vraiment refermées.. Ses virées du samedi soir, les cuites et les prostituées.. son goût prononcé pour un certain type de femmes..

Le monde clos et artificiel de Jeanne et Robin va être brutalement déséquilibré par un événement qui va réveiller de vieux démons, et abattre en plein vol leurs années d’efforts et de rites quotidiens pour tenter de sortir de la malédiction du malheur familial...

Pour rompre avec les processus répétitifs que traînent les « familles maudites ».

Les derniers paragraphes de cette histoire de vie sont stupéfiants, déstabilisants, abominables..

Mais aussi si tristement logique… et même prévisibles.

« Frère et Sœur », roman dont j’ai découvert l’existence par un article sur le site de nos amis lyonnais du site de Size XXlles.com constitue un ouvrage tout en symboles qui nous parle également à travers le personnage de Jeanne durant tout le récit de la grossitude et de la Size, même si ce n’est pas, paradoxalement, l’objet principal du livre.

A déguster absolument !!

Xavier’ (93)


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La chronique du livre sur xxElles
http://www.xxelles.net/dossier_du_m


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Frère et soeur, de Patrice Juiff

Langue : Français
Éditeur : Plon (23 janvier 2003)
Format : Broché - 162 pages
Prix : Environ 15 Euros



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